Jardins du Château: interview de Jacques-André Conne, Syndic de Lutry

La Municipalité soutient unanimement la construction du nouveau Parking des Jardins du Château. Le syndic Jacques-André Conne, fortement impliqué dans ce dossier, s’est prêté de bonne grâce au jeu de l’interview.

La Commune va investir des millions pour la construction de ce nouveau parking. Une telle charge n’est-elle pas trop lourde pour le contribuable?

Les contribuables de Lutry n’auront pas à verser un sou. Il faut vraiment garder à l’esprit que le parking est financièrement autonome à travers les recettes qu’il génère. Prenez l’exemple du Parking de la Possession: en 2015, il a produit près d’un demi-million de bénéfices, quand bien même les tarifs horaires pratiqués par la Commune sont volontairement bas. Cette recette a été directement injectée dans la modernisation du parking, qui a débuté cet automne. Le nouveau Parking des Jardins du Château n’affaiblit pas le budget de la Commune ni sa capacité à investir dans d’autres projets, comme la construction d’une nouvelle école.

Le coût est estimé entre 12 et 14 millions. Est-ce qu’il ne serait pas possible de réaliser ce parking avec un investissement moindre?

Le coût du projet est équilibré, parfaitement dans la moyenne de tels projets menés ailleurs. C’est le prix du marché de la construction pour la création d’un parking enterré de 216 places. Il sera moderne et fonctionnel mais pas luxueux. Depuis la réalisation du Parking de la Possession, en 1986, les prix ont doublé. Il ne faut pas trop tarder. Et la période actuelle est favorable, en raison des taux d'intérêts des emprunts qui sont bas.

Vous parlez de places de parc supplémentaires. Les référendaires affirment au contraire que le bilan des places sera négatif. Qui faut-il croire?

Vous pensez bien que ni le Conseil communal ni la Municipalité ne pourraient s’être rassemblés derrière ce projet sans une amélioration de l’offre de parcage. Il y a un fait incontestable, vérifié par les chiffres et les rapports des commissions du Conseil communal : ce parking offrira 20% d'emplacements supplémentaires près du bourg. En cas de pics d’affluence, soit 20 jours par année, ce chiffre passe à 7% car l’un de nos deux parkings de délestage ne pourra plus être utilisé. J’affirme que le bilan des places sera positif, quelles que soient les situations considérées.

Vous visez à améliorer le quotidien des Lutriens. Le parking leur sera-t-il réservé?

La volonté des autorités est claire: ce parking est prioritairement destiné aux Lutriens, et en particulier aux habitants des hauts de la commune, pour faciliter leur accès au bourg, à des quais encore plus accueillants et aux transports publics. Légalement, il ne sera pas possible d’interdire le parking à des automobilistes venant de l’extérieur. Mais nous avons prévu de pratiquer des politiques tarifaires largement en faveur des habitants pour décourager les pendulaires.

“Un parking souterrain est la meilleure des idées pour que ce terrain communal soit utile à toute la population. Il est idéalement situé près du bourg, mais il n’est pas dans une zone où la construction en surface est possible. Nous ne pourrions pas y bâtir une école, un musée ou un immeuble d’habitation.”

Pour faciliter la vie des habitants des hauts de la commune ne vaudrait-il pas mieux créer une ligne de bus nord-sud?

Le transport individuel motorisé demeure nécessaire dans notre commune, même avec la meilleure volonté environnementale du monde. Lutry, comme les autres villes-frontières avec la campagne, affiche un taux de motorisation supérieur à la moyenne cantonale. Il y a souvent deux voitures par ménage. C’est une réalité liée à notre territoire, à sa déclivité.

Une seule ligne de bus nord-sud ne permettrait pas de satisfaire comme par miracle tous les besoins en mobilité des habitants des hauts de Lutry. Elle ne serait, d’ailleurs, pas rentable financièrement. Pour preuve, les minibus 68 et 69, qui vont du port à la Croix, ont un taux de remplissage moyen qui est inférieur à 50%. 

Il est possible, par contre, d’encourager un report modal près des gares et des arrêts de bus. L’objectif est que les automobilistes laissent leur voiture dans un parking P+R local puis empruntent le train ou le bus pour poursuivre leur trajet. C’est une solution d’avenir recommandée par le Schéma Directeur de l’Est Lausannois (SDEL) ou la politique des agglomérations de la Confédération. Nous partageons ces préoccupations environnementales. Comment ne pas vouloir que notre ville soit encore plus saine, plus belle? Mais pour cela, il faut des places de parc.

Que font les autorités pour que les transports publics se développent à Lutry?

La Municipalité mène différentes actions de front pour que l’offre de transports publics se développe. D’abord, la Commune finance toute l’année des tronçons de lignes à Lutry qui ne sont pas rentables pour les TL, mais qui nous semblent indispensables pour les habitants, raison pour laquelle nous les payons. Ensuite, elle discute régulièrement avec l’exploitant pour que le réseau s’améliore dans la commune, en fonction des retours de la population. Finalement, elle défend avec conviction, au sein des projets d’agglomération, le renforcement de ces liaisons verticales nord-sud. Elles sont maintenant pleinement intégrées dans le projet d’agglomération Lausanne-Morges, dont fait partie Lutry, ce qui est réjouissant. 

En 2020, il devrait y avoir des réseaux de bus à forte cadence en direction de Lausanne, dans les bas et les hauts de la commune. En 2018, les trains du RER Vaud passeront dans nos gares toutes les 15 minutes. La situation n’est pas aussi mauvaise que d’aucuns le prétendent, même si l’on peut toujours faire mieux.

Quels sont les risques pour Lutry si le projet échoue devant le peuple?

Nous prendrons acte de la volonté populaire. Mais il faut être réaliste: la situation du parcage à Lutry est difficilement gérable et inadaptée aux usages actuels. Elle ne pourra aller qu’en s’aggravant. Le magnifique projet de réaménagement des rives sera abandonné. Ce serait désolant, car il offre des perspectives extraordinaires en termes de loisirs et de qualité de vie, pour tout le monde. 

Nous bénéficions maintenant d’une fenêtre favorable pour aller de l’avant et construire un nouveau parking, que nous parlions des finances communales ou du cadre légal, qui tend à se rigidifier.

Il faut de longues années pour monter un tel projet. Celui-ci est discuté depuis presque deux décennies au sein de la Municipalité et du Conseil communal. Il n’est pas certain que nous puissions, demain, reconsidérer une telle réalisation. Une partie du futur de Lutry se joue clairement dans cette votation.

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jeudi 5 janvier 2017

Au sujet de Jacques-André Conne

Jacques-André Conne est syndic de Lutry depuis 6 ans. Il a préalablement œuvré pendant 10 ans au sein de la Municipalité. Très engagé pour la collectivité publique, il a longtemps travaillé au sein de l’administration cantonale vaudoise, au plus près des projets d’aménagement du territoire, un sujet qu’il connaît particulièrement bien.